Création 2008

Source

Partez à la recherche de la Source… Affûtez votre écoute, tendez l’oreille et soyez attentifs à son chant sonore. Il trace le chemin pour remonter à elle.

Parcours sonore, en milieu naturel ou urbain

Un point de départ est donné au spectateur. De là, il devra parcourir le chemin jalonné d’indices sonores qui le guidera jusqu’à «La Source». Sans technique apparente, ce parcours questionne notre rapport aux bruits et aux silences, en mettant le spectateur en état d’écoute attentive, de compréhension et perception sonore personnelle.

Source nous irriguera plus…

Ben Farey : « Source est née autour de notre atelier dans l’enceinte de l’ancienne usine de la Rhodiaceta à Besançon. C’est une friche industrielle sur laquelle la nature, petit à petit, reprend ses droits.

Après la pluie, l’usine suinte, goutte, coule encore pendant quelques jours. Les plantes poussent dans les fentes qui s’ouvrent, elles se ressèment et commencent à couvrir doucement mais sûrement les murs et les sols de verdure.

J’aime le moment où nous avons du mal à imaginer comment était cet endroit avant. Avant la musique des gouttes…

Un jour, je sors de l’atelier et à côté, dans les herbes et les ronces, quelque chose attire mon regard. Je m’approche et commence à marcher dans les taillis. Le sol me semble bizarre sous les pieds. Je m’approche encore et découvre des ronds en fil de fer qui se dessinent dans le vert. Je m’approche encore et je les touche. Je tire dessus, ça résiste. Je tire plus fort et commence à soulever un bout, un vieux sommier métallique sort du fouillis.

C’est le sommier qui se trouve à présent au centre de Source.

En le sortant, je vois quelque chose dessous, un bout de chaise en métal et puis autre chose encore et puis et puis et puis….

Je finis à 30 mètres de l’atelier avec une foule d’objets qui trouveront aussi plus tard leur place dans Source. C’est le même effet que de suivre une fourmi dans l’herbe, on peut ainsi aller loin et plus rien d’autre ne compte.

 

Avec Catherine, nous avons construit une machine qui réunit tous ces points.

Elle a réussi à créer les murs de Source comme je les ai imaginés dès le départ du projet.

Il fallait qu’il y ait de l’eau qui coule sur un amas de fils, grillages, objets et plantes et que le tout fasse du bruit et tire l’œil toujours plus loin.

Ensuite, j’ai travaillé sur les mécanismes et les chemins des gouttes à travers ces plantations et ces accumulations pour amener l’eau aux différents points de captation.

J’ai procédé ensuite de façon empirique en cherchant comment sortir des sons intéressants pour moi, avec un matériel très pauvre au niveau captation sonore. C’était un parti-pris au départ du projet de ne pas utiliser des capteurs piezos ou des micros de qualité pour capter ces sons.

Je suis content de ce choix pour plusieurs raisons.

J’étais obligé de chercher davantage pour tirer des sons intéressants, d’explorer davantage les possibilités et les matières sonores.

Les sons que nous avons trouvés avec Benoît Favereaux m’ont surpris et plu dans leur diversité.

Les micros (des écouteurs de lecteurs mp3) ont très bien tenu dans le temps et surtout sous l’eau.

Avant Source, j’avais fait plusieurs machines sonores mais elles étaient purement mécaniques. Source était ma première tentative avec du son capté et amplifié mais aussi avec de l’électricité et des branchements. Ça a été comme une révélation pour moi.

Un nouveau champ des possibles s’ouvrait à moi.
La diffusion de sons dans l’espace urbain m’intéresse à plusieurs titres : comment faire émerger quelque chose d’intrigant dans notre société pleine de brouhaha ? Sommes-nous tellement saturés, qu’à notre insu nous filtrons l’espace sonore et ne sommes plus à même d’« entendre » quelque chose qui sort de « l’ordinaire » ?

Au début, au niveau sonore, je voulais que Source émane, irradie et diffuse ses sons dans toute la ville. Que la ville en soit imprégnée comme les murs de la Rhodia par les mousses.

Le parcours était la clé qui permettait aux personnes de découvrir la source des sons, de remonter à la Source. Mais les passants dans leur vie de tous les jours entendaient aussi les sons en passant devant l’arrêt de bus, la poubelle ou la boîte aux lettres.

C’est à cet endroit que je trouve intéressant le procédé de Source, parce qu’il réveille la curiosité des passants, les intrigue, les questionne aussi sur l’origine de ces sons qui donnent l’impression de surgir de nulle part, qui ne donnent rien à voir mais seulement à entendre.

Je trouve que cette partie du projet était réussie ; je pense que peu de personnes étaient indifférentes à ce qu’elles entendaient.

Par contre, le point de départ a toujours été un point faible, je n’ai pas réussi à trouver la formule juste. C’est un endroit-clé pour un parcours, comme nous l’avons vu par la suite avec Contre Nature et Trouble. Je n’ai toujours pas la réponse, je cherche…

 

J’ai toujours voulu que Source soit un projet sur lequel je pourrais collaborer avec d’autres artistes. Pour moi, Source n’était pas un projet figé, je voulais voir ce que d’autres pourraient faire avec cette chose intrigante. Comment l’utiliser, comment jouer avec.

Pour diverses raisons ça n’a pas été possible autant que j’aurais voulu mais les deux collaborations artistiques autour de ce projet m’ont plu.

D’abord avec Yann Servoz, au Channel à Calais en mars 2009, nous avons travaillé sur la diffusion sonore et les samples que Yann a triturés et enregistrés à travers divers filtres pour créer de nouveaux plans sonores.

Il y a eu cinq plans en tout :

  • Le parcours avec les sons de Source diffusés à travers les transducteurs.
  • Le son ‘pur’ amplifié dans les casques installés autour de Source.
  • L’écoute acoustique de Source.
  • Du son samplé filtré et envoyé à l’envers dans la serre du Château d’eau du Channel sous lequel était implanté Source (1er étage)
  • Diffusion en haut du Château d’eau à travers des hauts-parleurs ‘Bouyer’ d’une composition de Yann avec les captations trafiquées.

 

Ensuite avec Etienne Bultingaire pendant Bien Urbain, à Besançon en juin 2015. Ici, nous avons à nouveau travaillé sur la diffusion sonore mais de façon plus directe.

En dehors du parcours, de l’écoute acoustique et des casques, Etienne a travaillé sur 3 autres niveaux d’écoute :

  • Il a proposé un concert live sous casque de ses improvisations avec ses objets sonores, les sons de Source captés en direct et les transformations sonores à travers ses divers traitements dont il avait le secret.
  • Une salle dans laquelle était installés ses ‘tubes sonores’ qui diffusaient de façon directionnelle des sons retravaillés de Source.
  • Dans une cave, il a installé un système de multi-diffusion sur lequel, une fois calé dans des transats, était diffusées des nappes et des boucles mélangées au son en direct de Source.

Pour moi c’est la meilleure chose que nous avons fait avec Source, autant dans le partage que dans le résultat. Merci Etienne, tu me manques déjà….

J’ai décidé d’arrêter de tourner Source parce que la garder en vie pour seulement quelques dates par an nécessitait un tel travail que ce n’était plus possible de continuer. Ni pour moi, ni pour Catherine qui la faisait revivre à chaque printemps.

Pour finir, je voulais parler de mes regrets de ne pas avoir pu montrer Source dans le réseau des Arts sonores. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais nous n’avons jamais réussi à entrer en contact avec ces lieux de programmation, même si je pense que Source y avait et y a toujours tout à fait sa place. » Ben Farey, le 21 janvier 2016

 


Téléchargez ici le dossier: français, english

 

Le teaser version longue, d’Antoine Page